Zersplittert

Alexandra Badea

mise en scène: Olivier Keller

Shanghai, Dakar, Bucarest, Lyon. Trois continents, quatre villes, quatre quotidiens au travail, quatre vies, quatre personnes à l’aube d’une nouvelle journée. Tous travaillent, pour la même société internationale active dans la communication, à des échelons hiérarchiques très différents. Le marché du travail mondialisé a pulvérisé leur vie privée. Leur société internationalement connectée, assoiffée de toujours plus de croissance, est représentée sur scène par une horloge où l’heure tourne à rebours, dans le dos des travailleurs manipulés.

Ils s’éloignent toujours davantage de leurs familles, de leurs amis, de leurs rêves. L’ingénieure à Bucarest a intériorisé le but de l’entreprise, « l’excellence », et règle sur lui sa vie privée : enfant, babysitter, température ambiante, repas, tout est sous surveillance 24 heures sur 24, à des fins d’optimisation. Le responsable de la qualité communique avec sa famille par skype. À Shanghai, l’ouvrière à la chaîne travaille de façon strictement réglementée, passages aux toilettes et conversations avec les collègues sont minutés.

À première vue, les quatre personnages paraissent en forme, dynamiques, parés et motivés pour affronter la brutalité des défis professionnels. Mais peu à peu leur sempiternel sourire se fige, ils commencent, de façon floue mais douloureuse, à prendre conscience de ce qu’ils ont perdu en chaleur humaine, en relations épanouissantes. Ils se mettent à se négliger, à empoigner leurs brosses à dents et à avaler leurs plats cuisinés de façon mécanique, à parler de leur amour propre blessé, de pertes, des mensonges qui aident à vivre. Ces nomades professionnels qui, au départ, étaient motivés à blocs pour se plier aux exigences d’un monde du travail tournant à une cadence toujours accélérée, ralentissent, perdent le contrôle d’eux-mêmes, parlent de choses intimes, deviennent, pour certains, agressifs et bruyants. Les longs silences et les propos prononcés de plus en plus bas se conjuguent pour produire un sentiment d’oppression.

Touchante, économe en moyens, la mise en scène fait réfléchir et nous tient en haleine comme un polar. 

(Jean Grädel)

Avec
Silke Geertz, Marianne Hamre, Ingo Ospelt, Herwig Ursin

Scénographie
Erik Noorlander

Costumes
Myriam Casanova

Lumières
Olivier Keller, Erik Noorlander

Dramaturgie
Patric Bachmann

Assistante scénographie
Lea Kuhn

Administration
Silja Gruner

Production
Theater Marie

Coproduction
Theater Tuchlaube Aarau, ThiK Theater im Kornhaus Baden

Soutiens
Aargauer Kuratorium, Stadt Aarau, Migros Kulturprozent, Fondation Nestlé pour l'Art/ partenariat, Schweizerische Interpretenstiftung

25.05—21:30
En allemand
surtitres français, italien
durée 1h30